dimanche 22 décembre 2013

Moi et Toi:Huis clos des familles

Dix ans après The Dreamers, Bernardo Bertolucci revient avec une intéressante histoire familiale tiré du livre de Niccolo Ammaniti dont l'action se déroule...dans une cave.




Lorenzo (Jacopo Olmo Antinori) est un adolescent de quatorze ans. Il vit en appartement avec ses parents. Mais les conflits ne sont pas rares. De même, à l'école, les relations avec ses camarades sont compliqués. C'est pourquoi il profite d'un voyage scolaire au ski pour disparaître et vivre seul toute une semaine dans la cave de son immeuble. Mais c'est sans compter sur l'arrivée inopinée de sa demi-sœur de vingt-cinq ans, Olivia (Tea Falco), une artiste, qu'il n'avait pas vu depuis plusieurs années...

Une drôle de cohabitation

Lorenzo a quatorze ans. L'âge des doutes, des sentiments exacerbés, des confrontations. Avec les autres mais aussi avec soi. Le moment où l'on s'ouvre à autrui, où l'on commence à avoir conscience de son image, de ce que l'on veut montrer. Mais notre héros est un solitaire, qui a peu d'amis. Il vit chez ses parents, et ressent le besoin de s'émanciper d'eux, d'où les moments de tension avec une mère protectrice. Il s'est forgé un monde à lui, se replie dans une bulle sonorisée à la musique rock. Il voit comme une opportunité de disparaître et de vivre sa première expérience de vie en solitude lorsque sa classe organise une sortie au ski durant une semaine. Il ment alors à sa mère et décide d'organiser un petit campement dans la cave de son propre immeuble, avec pour seule compagnie des fourmis. Il pensait vivre en toute tranquillité, mais c'était compté sans l'arrivée inopinée de sa demi-sœur, qui bouleversera ses projets.

Olivia, qui est lié avec Lorenzo par leur père, débarque un beau jour dans le « refuge ». Elle vient chercher un carton dans lequel figure des affaires à elle. Et alors qu'il pensait ne plus la revoir, il sera forcé de l'héberger. Celle-ci a en effet des projets d'avenir avec son riche compagnon, mais avant cela elle doit lutter contre ses propres démons en se sevrant de son addiction à la drogue, dans laquelle elle est tombée. Et elle estime que cette cave est l'endroit idéal pour cela. Débute alors entre eux deux une drôle de cohabitation, où entre deux crises de manque ces membres d'une même famille vont apprendre à se connaître, s'apprivoiser et s'entraider. Mais Olivia a un caractère instable, ce qui créé des conflits entre eux au début. D'abord méfiante, elle va peu à peu se rapprocher de son frère, la promiscuité aidant. Une promiscuité qui change le point de vue des deux personnages et les ouvre à de nouvelles perspectives.

Points communs

Lorenzo pensait, en s'enfermant dans cette cave, échapper à la réalité, au monde extérieur durant toute une semaine. Mais l'arrivée d'Olivia va changer ses plans. Au contraire, au lieu de le maintenir dans une position de confort adolescente, elle va le bousculer, le changer. A son contact, il va grandir dans sa tête, et prendre ses responsabilités lors des crises de sa colocataire. Si Lorenzo vit dans son monde au début du film, Olivia va sérieusement fendre la bulle dans laquelle il s'est enfermé. Petit frère, grand frère, père : il va être tout cela à la fois durant toute la semaine, ne se préoccupant plus seulement de lui-même, mais également d'autrui. Il va aussi entendre un autre point de vue sur son père, Olivia ne le voyant pas comme lui le voit. Ces sources d'affrontement ne vont pas les empêcher de s'apprécier, se découvrir et au final se rendre compte qu'ils ont plus de points communs qu'ils ne le pensaient au début du film.

Ils sont de la même famille, mais ne se connaissent pas : en réunissant, dans son premier film depuis Innocents - The Dreamers il y a dix ans, et dans un lieu inattendu, un frère et une sœur, Bernardo Bertolucci leur donne la possibilité de renouer le dialogue après plusieurs années de silence. Ce lieu clos est un petit peu leur monde à eux. Un monde de confrontation, mais aussi où les vérités vont éclater. Mais ceci n'est possible que grâce à la confiance mutuelle que Lorenzo et Olivia vont développer. Leur relation évolue tout au long du film. Glaciale au début, elle va se transformer en vrai intimité, faite de beaucoup d'affection et de complicité. Ils vont aussi chercher à se protéger l'un l'autre. A tel point que le jeune garçon va traverser les cellules, passant de celle qu'il s'est construit autour de lui à celle de la famille. Avec Olivia, son regard sur le monde va changer. Cet espace fermé va ouvrir son esprit sur d'autres horizons.



Le réalisateur du Dernier Tango à Paris filme la famille sous toutes ses coutures. Ici, il montre comment le hasard réunit deux êtres reliés par un fil invisible (le père, dont on parle beaucoup mais que l'on ne verra jamais) et comment les liens du sang vont progressivement prendre le dessus sur le reste. Le tout sous le regard naïf d'un adolescent qui rentre dans l'âge adulte au contact d'une femme. Une œuvre sensible et belle, sous la houlette de la caméra d'un géant du cinéma toujours vert.  



dimanche 8 décembre 2013

Ma vie avec Liberace : Magic Michael

La prestation époustouflante de Michael Douglas participe pour beaucoup à la très grande réussite de ce biopic kitsch et émouvant.




Scott Thorson (Matt Damon) est un enfant adopté. Un jour d'été 1977, sa route croise celle de Liberace (Michael Douglas), un pianiste virtuose et superstar qui fait de ses concerts au Las Vegas Hilton des shows démesurés. Scott est engagé par Liberace comme secrétaire particulier. Malgré leur différence d'âge et de condition sociale, ils vont se rapprocher, jusqu'à devenir amants. C'est le début d'une relation cachée qui durera cinq années, entre sexe, jalousies, apparences et fascination...

Flamboyant et décalé

Liberace est la rock star du piano. Il donne des concerts dans le monde entier. Il est l'une des incarnations les plus flamboyantes et plus décalé des seventies. Cet artiste à part mène une vie en conformité avec son personnage. En public, il donne l'image d'un homme inaccessible, iconique. En privé, il multiplie les amants tout en jouant les divas. Un jour, sa route croise celle de Scott Thorson. Il fera de ce jeune éphèbe son secrétaire particulier, avec qui rapidement une relation amoureuse se développera. Complices au début, Liberace assoit peu à peu son emprise sur son compagnon, jusqu'à lui «remodeler» le visage par la chirurgie esthétique. Il pense le contrôler, et va jusqu'à vouloir en faire son héritier. Mais les choses vont peu à peu lui échapper. Cette relation est secrète, car Liberace est une célébrité, et l'homosexualité à l'époque étant encore diversement perçu, il ne voulait pas que cela nuise à la carrière qu'il s'est forgé.

Un personnage vu sous le prisme du regard de Thorson, car c'est de son point de vue qu'est raconté l'histoire, sa relation amoureuse et les extravagances de Liberace. Cela souligne le contraste entre les deux mondes et apporte décalage et humour. Car Scott Thorson est un enfant adopté qui est complètement étranger au milieu du show-business. Sa rencontre avec la star du piano va le faire rentrer dans ce milieu, ses strass et paillettes, mais aussi ses apparences, ses mensonges, ses faux semblants. Il se fait même refaire le visage. Pour autant, il gardera son innocence, sa candeur et son recul sur un monde dans lequel il ne se fondra jamais tout à fait. Il reste l'homme de l'ombre. Mais un homme qui saura se rendre indispensable à Liberace (et son chien, Baby Boy). Aussi personnel soit le portrait, il est néanmoins assez honnête sans être hagiographique. Et c'est avant tout l'histoire d'un couple.

Une photographie de l'homosexualité

Un couple montré sous un angle « banal », et non traité sous l'angle de la différence. Leurs discussions sont celles que peuvent avoir n'importe quel couple. « Ce qui est moins banal, c'est le cadre dans lequel ces discussions avaient lieu », souligne le réalisateur, Steven Soderbergh, qui s'est pour ce film aidé du livre de Scott Thorson Behind the Candelabra. Un couple d'apparence solide malgré les différences, mais qui va peu à peu s'avérer être ce qui va les séparer de manière irréversible. Au travers d'eux, c'est une photographie de l'homosexualité de l'époque qui apparaît en creux. En effet, dans les années 70, elle était encore très diversement acceptée. C'est pourquoi la relation entre Liberace et Scott est restée secrète, et que le célèbre pianiste nia son homosexualité lorsque lui et son amant rompent et que ce dernier réclama une pension. L'hétérosexualité était presque une exigence pour séduire le public.

Mais exigeant est également le terme que l'on peut employer pour qualifier la prestation de Michael Douglas, qui propose ici un Liberace grandiose et qui ne se prend pas au sérieux. Le pas de côté de la réalisation, puisque l'histoire est racontée du point de vue de Scott, permet ce ton léger et humoristique, n'abordant que mieux, sous la légèreté apparente, des sujets plus sérieux, notamment la drogue, l'homosexualité et le sida. Mais les parts plus sombres, plus intimes du pianiste sont également évoquées, sans pour autant là encore trop s'appesantir. En bref, un plaisir de cinéma où crève à l'écran l'envie, pour le réalisateur de Sexe, mensonge et vidéo et de la série des Ocean's, pour son nouveau (et dernier?) film, de se faire plaisir et de faire plaisir sous un déluge de couleurs et de musique. Le tout enrobé sous une pointe d'admiration de Steven Soderbergh pour son sujet, aussi débordant d'exubérance que génial artiste de divertissement de son temps.



Au-delà du simple biopic ou bien encore de la peinture d'une certaine industrie du spectacle de l'époque, le réalisateur américain Steven Soderbergh nous livre une production pop où les deux acteurs principaux s'en donnent à cœur joie sans peur du ridicule. Un pur divertissement dans lequel l'humour et la gravité s'entremêlent sans se vampiriser. Un biopic qui rend un vibrant et souriant hommage à une immense star réhabilitée de façon intelligente et honnête.