L'amour,
la famille, la religion, la mort...Une partition légère et grave à
la fois, par une réalisatrice mêlant fiction et autobiographie.
Louise,
comédienne, est membre d'une famille de la grande bourgeoisie
industrielle italienne. Un monde en crise qui se délite peu à peu.
Un jour, sa route croise celle de Nathan, comédien également. Même
si tout les oppose (l'âge, la condition sociale, l'envie d'enfant),
ils vont entamer une liaison. Une histoire d'amour qui s'étale sur
trois saisons, sur fond de crise de foi, de crise industrielle et de
maladie du frère de Louise. Un château en Italie, c'est la
naissance d'un rêve sur fond d'effondrement de la réalité.
Monde
en déclin
Louise
(Valeria Bruni-Tedeschi) a 43 ans. Une femme seule, célibataire et
sans enfants. Côté travail, c'est pas la joie non plus.
Heureusement, il lui reste sa famille, son refuge. Mais un abri
précaire : son frère Ludovic (Filippo Timi) est atteint du sida,
tandis que Serge, l'ancien ami de la famille aujourd'hui honni
(Xavier Beauvois), vit une relation compliquée avec l'alcool. En
parlant de relation compliquée, voilà que Louise s'amourache de
Nathan (Louis Garrel), comédien comme elle, de vingt ans son cadet.
Elle se met alors a espérer : elle veut un enfant. Mais lui n'en
veut pas, n'ayant pas la même notion du temps. Nathan et elle sont
deux personnages qui s'interrogent (Nathan envisageant d'arrêter son
métier), vivent une crise existentielle. Reste la mère de Louise
(Marisa Borini). Elle est très présente auprès de sa fille, voire
un tantinet envahissante. Tous ces personnages évoluent dans un
monde en déclin.
La
famille de Louise est issue d'une famille de grands bourgeois
italiens. Menacée par les Brigades Rouges, elle a immigré en
France. Mais l'industrie est en crise, et pour survivre ils doivent
vendre leurs tableaux aux enchères. Une crise qui s'ajoute à celles
que traverse l'héroïne dans le film. La cellule familiale ne
protège plus autant qu'avant, et Louise, qui malgré son âge avancé
en veut une, tombe amoureux d'un homme peu pressé de devenir père.
Mais la comédienne s'interroge également sur son rapport à la foi.
En effet, elle doute. Elle est constamment en recherche de quelque
chose sans vraiment savoir quoi, ni si cela marche. En cela, elle
s'oppose à sa mère, qui a un rapport beaucoup plus passionné à la
Sainte Vierge. Quant à, Nathan, il est en quête de lui-même,
s'interrogeant sur ses envies, ses passions, ne sachant pas vraiment
s'il a encore envie de faire l'acteur. Ces personnages sont pris au
moment où leur vie est à un basculement.
Recul
et autodérision
Des
personnages et des situations vraies, car dans ce film réalité et
fiction se côtoient, s'entremêlent. Cette histoire est en effet en
partie inspirée par la propre vie de la réalisatrice. Valéria
Bruni-Tedeschi a réellement perdu un frère suite à la maladie. Le
couple qu'elle forme avec Louis Garrel dans le film ne sont que les «
retrouvailles » du couple qu'elle a formé avec lui pendant 5 ans.
Et la mère de Louise est dans la vie sa vraie mère. La réalité
est poussée jusqu'au tournage du film, dont certaines scènes ont
été réalisées dans l'ancien château de la famille de la
réalisatrice. Réalité et fiction se répondent, mais tout ceci
sous la forme d'une comédie, donc d'une bonne dose de recul et
d'autodérision. "Il s’inspire de choses qui me sont
arrivées (…) La réalité que je connais ou
que j’observe est le matériel de départ.", explique
Valéria Bruni-Tedeschi dans une interview. Une part d'autofiction
qui rend le film et ses émotions plus justes.
En
puisant dans son vécu pour en faire la matière de sa troisième
œuvre cinématographique, la réalisatrice de Il est plus facile
pour un chameau nous livre une histoire gentillette, sympathique,
souriante. Des situations cocasses mais inégales, tantôt
burlesques, tantôt trop poussées. Si les personnages portent en eux
une part assumée de folie, la narration en manque, elle, un peu.
Mais l'interprétation correcte des acteurs filmés avec beaucoup de
tendresse permet de suivre le scénario et ses rebondissements non
sans déplaisir. L'hommage à sa famille tout comme à ses origines
est sincère. Scènes drôles et plus émouvantes s'alternent au
rythme des saisons. Valéria Bruni-Tedeschi nous montre aussi, sans
critique mais avec une bonne dose de nostalgie, et au travers de sa
famille, un contexte social qui évolue. Cette transition ne
s'effectue pas sans mal, mais la famille, quelle que soit son état,
reste une valeur refuge et protectrice.
Une
comédie parfois un peu poussive mais qui offre quelques bons moments
: Un château en Italie n'est pas un film exceptionnel, mais
montre avec beaucoup de justesse des personnages en crise, en phase
avec la situation du monde et en même temps déboussolés, en quête
de nouveaux repères. La réalisatrice nous offre une savoureuse
tranche de vie intime qui peine un peu à emporter l'adhésion mais
nous fait passer un bon moment. Une petite comédie italienne
revisitée à la sauce française.

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