vendredi 10 janvier 2014

Un château en Italie : Les trois saisons de Bruni-Tedeschi

L'amour, la famille, la religion, la mort...Une partition légère et grave à la fois, par une réalisatrice mêlant fiction et autobiographie.






Louise, comédienne, est membre d'une famille de la grande bourgeoisie industrielle italienne. Un monde en crise qui se délite peu à peu. Un jour, sa route croise celle de Nathan, comédien également. Même si tout les oppose (l'âge, la condition sociale, l'envie d'enfant), ils vont entamer une liaison. Une histoire d'amour qui s'étale sur trois saisons, sur fond de crise de foi, de crise industrielle et de maladie du frère de Louise. Un château en Italie, c'est la naissance d'un rêve sur fond d'effondrement de la réalité.

Monde en déclin

Louise (Valeria Bruni-Tedeschi) a 43 ans. Une femme seule, célibataire et sans enfants. Côté travail, c'est pas la joie non plus. Heureusement, il lui reste sa famille, son refuge. Mais un abri précaire : son frère Ludovic (Filippo Timi) est atteint du sida, tandis que Serge, l'ancien ami de la famille aujourd'hui honni (Xavier Beauvois), vit une relation compliquée avec l'alcool. En parlant de relation compliquée, voilà que Louise s'amourache de Nathan (Louis Garrel), comédien comme elle, de vingt ans son cadet. Elle se met alors a espérer : elle veut un enfant. Mais lui n'en veut pas, n'ayant pas la même notion du temps. Nathan et elle sont deux personnages qui s'interrogent (Nathan envisageant d'arrêter son métier), vivent une crise existentielle. Reste la mère de Louise (Marisa Borini). Elle est très présente auprès de sa fille, voire un tantinet envahissante. Tous ces personnages évoluent dans un monde en déclin.

La famille de Louise est issue d'une famille de grands bourgeois italiens. Menacée par les Brigades Rouges, elle a immigré en France. Mais l'industrie est en crise, et pour survivre ils doivent vendre leurs tableaux aux enchères. Une crise qui s'ajoute à celles que traverse l'héroïne dans le film. La cellule familiale ne protège plus autant qu'avant, et Louise, qui malgré son âge avancé en veut une, tombe amoureux d'un homme peu pressé de devenir père. Mais la comédienne s'interroge également sur son rapport à la foi. En effet, elle doute. Elle est constamment en recherche de quelque chose sans vraiment savoir quoi, ni si cela marche. En cela, elle s'oppose à sa mère, qui a un rapport beaucoup plus passionné à la Sainte Vierge. Quant à, Nathan, il est en quête de lui-même, s'interrogeant sur ses envies, ses passions, ne sachant pas vraiment s'il a encore envie de faire l'acteur. Ces personnages sont pris au moment où leur vie est à un basculement.

Recul et autodérision

Des personnages et des situations vraies, car dans ce film réalité et fiction se côtoient, s'entremêlent. Cette histoire est en effet en partie inspirée par la propre vie de la réalisatrice. Valéria Bruni-Tedeschi a réellement perdu un frère suite à la maladie. Le couple qu'elle forme avec Louis Garrel dans le film ne sont que les « retrouvailles » du couple qu'elle a formé avec lui pendant 5 ans. Et la mère de Louise est dans la vie sa vraie mère. La réalité est poussée jusqu'au tournage du film, dont certaines scènes ont été réalisées dans l'ancien château de la famille de la réalisatrice. Réalité et fiction se répondent, mais tout ceci sous la forme d'une comédie, donc d'une bonne dose de recul et d'autodérision. "Il s’inspire de choses qui me sont arrivées (…) La réalité que je connais ou que j’observe est le matériel de départ.", explique Valéria Bruni-Tedeschi dans une interview. Une part d'autofiction qui rend le film et ses émotions plus justes.

En puisant dans son vécu pour en faire la matière de sa troisième œuvre cinématographique, la réalisatrice de Il est plus facile pour un chameau nous livre une histoire gentillette, sympathique, souriante. Des situations cocasses mais inégales, tantôt burlesques, tantôt trop poussées. Si les personnages portent en eux une part assumée de folie, la narration en manque, elle, un peu. Mais l'interprétation correcte des acteurs filmés avec beaucoup de tendresse permet de suivre le scénario et ses rebondissements non sans déplaisir. L'hommage à sa famille tout comme à ses origines est sincère. Scènes drôles et plus émouvantes s'alternent au rythme des saisons. Valéria Bruni-Tedeschi nous montre aussi, sans critique mais avec une bonne dose de nostalgie, et au travers de sa famille, un contexte social qui évolue. Cette transition ne s'effectue pas sans mal, mais la famille, quelle que soit son état, reste une valeur refuge et protectrice.


Une comédie parfois un peu poussive mais qui offre quelques bons moments : Un château en Italie n'est pas un film exceptionnel, mais montre avec beaucoup de justesse des personnages en crise, en phase avec la situation du monde et en même temps déboussolés, en quête de nouveaux repères. La réalisatrice nous offre une savoureuse tranche de vie intime qui peine un peu à emporter l'adhésion mais nous fait passer un bon moment. Une petite comédie italienne revisitée à la sauce française.








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